Bienvenue sur l'écho du champ de bataille

« L’écho du champ de bataille » a pour ambition de vous proposer à la lecture et à la réflexion des contributions sur des sujets relatifs à la stratégie, à l’art opératif, à la tactique et plus largement sur l’engagement et l’emploi des armées. Ces brèves, illustrations ou encore problématiques vous seront livrées sous le prisme de l’histoire militaire mais aussi sous celui des théâtres d’opérations d’hier, d’aujourd’hui, voire de demain. Des enseignements de grands chefs militaires de toutes les époques aux analyses polémologiques prospectives en passant par la doctrine ou aux équipements des forces françaises et étrangères. Gageons que vous aurez plaisir à lire ces articles ou à contribuer au débat. Bonne lecture…

vendredi 16 décembre 2016

La bataille de Monte Cassino en 1944, quand la manœuvre permet le succès tactique.



Cette bataille de Monte Cassino en Italie au début 1944, démontre que l'action frontale, la mauvaise utilisation des appuis et du terrain mais surtout un emploi inadapté de l'arme aérienne sont autant de facteurs qui mettent à mal les principes de la manœuvre. En effet, face à un système défensif puissant et bien préparé, la confiance dans les effets des bombardements aériens ou la supériorité numérique entraînent de lourdes pertes alors même qu'une action au sol bien menée peut faciliter la saisie des objectifs. 

Contexte général :

Les Alliés cherchent  en ce début 1944, à rompre la ligne Gustav qui barre la péninsule italienne et ainsi s’ouvrir la route de Rome. La hauteur sur laquelle est érigé le monastère (435mètres) est la clef du massif du Monte Cassino, une position naturelle très forte. Pendant trois mois, le général von Senger und Etterlin a renforcé ses défenses, et le solide 14e Panzerkorps, ainsi que des bataillons d’élite de paras et d’infanterie, en font une noix dure à casser.

Les opérations préliminaires contre la ligne Gustav commencent, au début de janvier 1944, par une succession de raids de 3000 bombardiers alliés contre les voies de communication allemandes. Le 15 janvier, le 2e corps américain du général Keyes, appuyé par le corps expéditionnaire français, s’empare du Mont Trocchio, un bon poste d’observation.

Déroulement de la bataille :

La conquête du Monte Cassino nécessita quatre batailles.
1ère BATAILLE (17 janvier au 06 février) :
Les attaques du corps expéditionnaire français au Nord et du 10ème corps britannique au Sud furent couronnées de succès malgré les violentes contre-attaques allemandes, tandis que, au centre, l’attaque frontale des deux divisions américaines fut repoussée par l’artillerie et les parachutistes allemands. Simultanément, les troupes débarquées à Anzio étaient fixées par la XIVe armée allemande.




2ème BATAILLE (15 au 18 février):
Précédée d’un bombardement massif qui détruisit l’abbaye et permit aux Allemands de la transformer en forteresse, l’attaque terrestre fut lancée le 16 février. Les Néo-Zélandais progressèrent peu, ainsi que les Indiens, attaqués par erreur par des avions alliés. Deux divisions britanniques se joignirent au corps néo-zélandais mais une préparation trop hâtive, une mauvaise coordination avec l’aviation et des attaques à trop petite échelle provoquèrent ce deuxième échec.
L’objectif qui était de soulager la tête de pont d’Anzio ne fut pas atteint et les Allemands purent en retirer la majeure partie de leurs chars pour renforcer la ligne Gustav.

3ème BATAILLE (14 au 22 mars):
Après trois semaines de mauvaises conditions météorologiques, le corps néo-zélandais repartit à l’attaque de la ville de Cassino après un intense bombardement. Mais les parachutistes allemands opposèrent une résistance acharnée dans les décombres, à travers lesquels les chars ne pouvaient progresser, menant un combat d’usure pendant six jours. Les néo-zélandais durent alors se replier.

4ème BATAILLE (11 au 22 mai):
Cette bataille fut précédée d’intenses préparatifs : redéploiement des troupes, préparation d’artillerie, bombardements pour détruire les PC adverses. Les Alliés créèrent la surprise car les Allemands s’attendaient à une tentative de percée à Anzio où ils envoyèrent leurs réserves. Le 13 mai, les Français tenaient le confluent du Liri et du Garigliano, le 15 mai, le 2e corps américain arrivait à Spigno, à l’extrême Sud du dispositif ; le 17 mai le 13e corps britannique coupa la route nationale permettant ainsi au 2e corps polonais de s’emparer du monastère par le Nord, le 18 mai.
Le 20 mai, les Allemands étaient en pleine retraite, leur défaite s’aggravant le 23 mai par la percée des Alliés à Anzio.



BILAN :
Les Alliés perdirent 115 000 hommes dans la bataille, contre 60 000 chez les Allemands. Du fait de la résistance acharnée des défenseurs du Monte Cassino, il fallut quatre mois aux Alliés pour conquérir la région et parvenir à effectuer la jonction avec la tête de pont d’Anzio. La route de Rome était enfin ouverte aux Alliés qui s’en emparèrent le 4 juin. Mais cette victoire fut occultée par le débarquement de Normandie.

Enseignements de la bataille :

Rapport de force :
Les Alliés ont attaqué dans un rapport de force conforme au gabarit d’une offensive (3 contre 1) et disposaient d’une totale maîtrise aérienne. Pourtant, ils n’ont pas su profiter de leur supériorité numérique, pour diverses raisons :
§ Ils ont concentré deux armées qui s’étalaient initialement sur 250kms de front dans quelques vallées larges de seulement quelques kilomètres, facilitant ainsi la tâche des défenseurs.
§ Les forces blindées ne pouvaient pas être déterminantes dans les combats rapprochés se déroulant dans les vallées et dans les ruines.

Approche indirecte :
La volonté de passer en force en menant des attaques frontales lors des trois premières batailles a conduit à l’échec. Seule l’approche indirecte, en coupant les voies de communication au Sud, a permis de s’emparer du verrou.

Qualité des chefs :

Les généraux Alexander et Clark ont montré un réel entêtement à vouloir conquérir l’abbaye de manière frontale et n’ont accepté le plan du général Juin qu’à la 4ème bataille. L’absence d’Eisenhower et de Montgomery qui préparaient le débarquement de Normandie a certainement été déterminante dans cette difficulté à percer le front allemand.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire